Amélioration des habitats dulcicoles pour les poissons migrateurs de la baie de Sept-Îles

En bref

Années d’exécution
2021, 2020, 2019
Type de projet
Acquisition de connaissances, Aménagement
Territoire ciblé
Sept-Rivières
Statut du projet
Terminé

Liens avec le Plan directeur de l’eau

Enjeux abordés
Qualité, Écosystèmes
Problématiques abordées
La mauvaise qualité de l'eau, L'érosion des berges

Contexte

La baie de Sept-Îles représente un écosystème à très haute valeur écologique. Avec ses eaux relativement tranquilles, ses berges en pentes faibles et son substrat fin, la baie est un milieu particulièrement favorable à la formation d’herbiers, appelés zostères qui recouvrent plus d’un tiers de la baie. Ces habitats ont une grande importance écologique pour la faune aquatique en leur servant de pouponnière et d’aire de reproduction. Jusqu’à 21 espèces différentes de poissons y ont été recensées. Plusieurs d’entre elles utilisent à un moment dans leur cycle de vie des milieux d’eaux douces.

La baie doit également sa richesse écologique aux nombreux affluents qui diversifient le site de par leur apport en eaux douces, nourritures, minéraux et sites de reproduction.

Les affluents de la baie procurent également des activités sociales. En effet, la pêche sportive est pratiquée sur plusieurs rivières, notamment pour l’omble de fontaine, fortement apprécié par les pêcheurs sportifs locaux. En hiver, c’est la pêche à l’éperlan qui est populaire à l’embouchure des rivières Hall et des Rapides.

Que ce soit au niveau social (pêche sportive), économique (site de reproduction et de pouponnière) ou écologique (diversité biologique élevée), les affluents de la baie de Sept-Îles jouent un rôle clé dans la région. Néanmoins, aucun statut ne leur est attribué et plusieurs enjeux de conservation ont été identifiés notamment dans le portrait des milieux naturels de Sept-Îles, réalisé en 2016 par Environnement Côte-Nord. La présente étude s’est donc attardée à mettre à jour le portrait de l’état de santé des tributaires de la baie de Sept-Îles afin de pouvoir faire ressortir des interventions ciblées pour améliorer la connectivité aquatique et diminuer le transport des sédiments des cours d’eau.

Objectifs

Le projet avait pour but d’améliorer les habitats dulcicoles des tributaires de la baie de Sept-Îles pour les poissons migrateurs. Plusieurs entraves à la circulation des poissons dans les affluents avaient été identifiées dans la littérature. À travers plusieurs campagnes de terrain pour acquérir des connaissances sur la qualité de l’eau, la faune ichtyenne ainsi que sur l’état physique des cours d’eau, il a été possible de cibler des actions concrètes en faveur des habitats aquatiques.

Activités

Le secteur étudié dans ce projet couvre l’ensemble de la baie de Sept-Îles, de la pointe ouest de la baie jusqu’à la limite de la rivière du Poste. Ce sont 3 rivières sont comprises dans cette zone : les rivières Hall, au Foin et du Poste ainsi que 7 petits cours d’eau : les ruisseaux Clet, Bois-Joli, R00, R0, R1, R7 et R9.

Carte, tributaires de la Baie de Sept-Îles. (C) OBVD, 2021

L’étude s’est déclinée en deux phases, avec dans un premier temps, une acquisition de connaissances sur la qualité de l’eau, la faune ichtyenne ainsi que l’état physique des cours d’eau et, dans un second temps, des interventions pour améliorer les habitats aquatiques.

Qualité de l’eau

La qualité de l’eau des tributaires de la baie de Sept-Îles a été déterminée à l’aide de l’indice de qualité bactériologique et physicochimique (IQBP6) de ces cours d’eau. Basé sur 6 descripteurs (phosphore total, coliformes fécaux, matières en suspension, azote ammoniacal, nitrites-nitrates et chlorophylle a totale), cet indice sert à évaluer la qualité générale d’un cours d’eau. Les 10 cours d’eau ont été suivis du mois de juin au mois de novembre, pour un total de six échantillonnages en 2019. Ayant observé de nombreux égouts pluviaux se déversant dans la rivière Du Poste et des pressions anthropiques sur le ruisseau Bois-Joli en 2019, l’OBVD a conduit de nouvelles investigations en 2020. Trois prises de mesures d’IQBP ont été réalisés à huit stations dans la rivière Du Poste et à une station dans le ruisseau Bois-Joli.

Inventaires ichtyologiques

Ce sont 14 tronçons, répartis sur 10 cours d’eau différents, qui ont été sélectionnés en 2019. Par la suite en 2020, 9 stations sur la rivière Du Poste et le ruisseau Bois-Joli ont fait l’objet d’un nouvel inventaire car ces deux cours d’eau présentaient des problématiques prioritaires. Quatre engins de pêche différents ont été utilisés pour inventorier la faune ichtyenne dépendamment des caractéristiques morphologiques des cours d’eau, soit : la pêcheuse électrique, le verveux, la seine et la bourolle.

Pêche électrique

Dans le cas des cours d'eau peu profonds, l'échantillonnage de poissons a été réalisé à l'aide d'un appareil de pêche électrique. En remontant le cours d'eau et en émettant un courant électrique dans l’eau, une réaction morphologique de nage du poisson vers l’anode (d’où provient l’électricité) est provoquée. Ces derniers pouvaient ensuite facilement être récupérés à l'aide d'une puisette, puis identifiés, mesurés et relâchés.

Verveux à ailes

Sur les plus gros cours d'eau, le verveux à ailes a été utilisé. Ce filet est constitué de deux ailes et d'une nasse centrale cylindrique.
Les ailes sont tendues sur la largeur du cours d'eau pour barrer le passage du poisson et pour les guider vers le centre du filet. Suivant le mouvement de la marée descendante, les poissons sont entrainés dans la nasse. 6 heures après son installation, les spécimens captés sont identifiés, mesurés puis relâchés.

Seine

Sur les rivières Du Poste et Hall, c'est la seine qui a été employée. Ce filet est conçu pour encercler et emprisonner les poissons, et est constitué de deux ailes et d'une poche centrale vers laquelle ils convergent lors de l'échantillonnage.
Durant la marée descendante, deux techniciens traînent le filet sur une dizaine de mètres, de l'aval vers l'amont, et rabattent ensuite ses ailes pour capter les poissons dans la poche. Les poissons étaient ensuite identifiés, mesurés et relâchés.

Bourolle

La bourolle est un piège en grillage qui permet aux poissons d'entrer aisément à l'intérieur, mais pas d'en ressortir. Seul le ruisseau R00 a été échantillonné en utilisant cette technique, car il est de petite taille.
La bourolle a été placée au milieu du cours d'eau durant une période de 6 heures. Les poissons captés ont ensuite été identifiés, mesurés puis relâchés.

previous arrow
next arrow

État des cours d’eau

La sélection des cours d’eau pour vérifier leur état de connectivité avec la baie de Sept-Îles s’est basée sur deux critères, soit les données déjà disponibles et la pression anthropique exercée sur le milieu. Pour ce qui est du premier critère, plusieurs obstacles potentiels au libre passage de la faune aquatique avaient été identifiés comme enjeux de conservation dans le portrait des milieux naturels de Sept-Îles de Environnement Côte-Nord en 2016 et par l’étude d’impact du projet Mine Arnaud en 2011-2012, notamment la présence d’un barrage, d’une dalle de béton et d’un ponceau respectivement aux rivières Hall, Clet, et du Poste. En ce qui a trait au deuxième critère, une analyse par orthophotos a permis de visualiser les tributaires qui étaient traversés par de nombreuses lignes de transport (sentiers, routes ou voie ferrée), ce qui indique souvent la présence de ponceaux et la possibilité d’une obstruction au libre passage de la faune aquatique. Également, les tributaires qui démontraient des signes de dégradation de berges (coupe, érosion, etc.) ont été pris en compte dans la sélection.

Ce sont finalement dix cours d’eau qui ont été prospectés.

Résultats

Qualité de l’eau

À l’issue des campagnes d’échantillonnage en 2019-2020, il a été possible d’établir un indice de qualité bactériologique et physicochimique (IQBP6) pour chacun des 10 cours d’eau inventoriés.

Parmi les six descripteurs mesurés par l’IQBP, les deux descripteurs préoccupants étaient les matières en suspensions (MES) ainsi que le phosphore total.

La provenance de MES peut s’expliquer par des observations qui ont été faites sur le terrain. En effet, des berges en érosion et des passages à gué contribuent à la problématique. D’autre part, les milieux naturels ceinturant la baie contiennent énormément de tourbières et les sols sont majoritairement sableux.

Concernant le phosphore total, le ministère de l’Environnement du Québec a défini un critère de qualité du phosphore total dans les cours d’eau, au-delà duquel cela pourrait engendrer une croissance excessive d’algues et de plantes aquatiques dégradant les ruisseaux et rivières. Ce critère est de 0,03 mg/L. De nombreux dépassements de ce critère sont observés dans la rivière Du Poste, les ruisseaux Bois-Joli, R1, R7, R0 et R9. Toutefois, aucune prolifération d’algues anormale n’a été observée sur le terrain. Le phosphore existe à l’état naturel dans les roches, mais aussi dans le sol, les déchets d’origine animale, la matière organique végétale et l’atmosphère. Cependant, les activités humaines contribuent à son augmentation dans les milieux naturels. Les fertilisants utilisés en agriculture constituent une source importante, tout comme les rejets d’eaux usées domestiques et industrielles ou encore les eaux de ruissellement des zones résidentielles et urbaines. Dans le cas des tributaires de la baie, il est probable que les eaux de ruissellement et les égouts pluviaux en soient la cause.

Inventaires ichtyologiques

Sur les deux campagnes d’inventaires ichtyologiques, il a été possible d’identifier six espèces de poissons différentes. La majorité des individus faisaient partie de la famille des épinoches (gastérostéidés). Trois plies lisses (Pleuronectes putnami) ont été capturées dans la section basse de la rivière Du Poste, influencée par les marées. Quelques ombles de fontaine (Salvelinus fontinalis) ont également été retrouvés dans les ruisseaux R9 et Bois-Joli. Enfin, une anguille d’Amérique (Anguilla rostrata) juvénile a été pêchée dans la rivière Du Poste. Cette dernière donnée est intéressante, car jusque là, aucun recensement à jour ne permettait de dire si cette espèce côtoyait encore cette rivière.

Concernant les engins de pêche, il est apparu que la seine et le verveux étaient les plus appropriés au type d’environnement de la baie de Sept-Îles.

État des cours d’eau

La visite des 10 cours d’eau à pied, en parallèle des inventaires de qualité d’eau et de faune ichtyenne, a permis de confirmer certaines données problématiques de la littérature et d’en déceler de nouvelles.

La visite du barrage de la rivière Hall a permis de confirmer que sa dénivellation représentait une entrave à la migration de la faune ichtyenne. D’autre part, la visite de la rivière Du Poste a confirmé la dégradation avancée de plus de 200 mètres de bandes riveraine. Aussi, sa partie aval, proche de l’embouchure, présentait une quantité élevée de déchets. Au ruisseau Bois-Joli, le constat de deux passages à gué de VHR traversant le cours d’eau et induisant de l’érosion des berges et un fort apport en sédiments, a été fait. Finalement, les ruisseaux R00, R0, R1, R7 et R9 n’ont pas montré de signes de dégradation (obstruction, érosion ou autres) sur le terrain. Certains ponceaux présentaient de petits embâcles qui furent directement retirés au moment de leur découverte.

 

Interventions à la suite des résultats des inventaires

La compilation des données obtenues sur la qualité de l’eau, les inventaires ichtyologiques ainsi que les observations sur le terrain ont permis de cibler 4 sites majeurs à restaurer dans trois cours d’eau de la baie de Sept-Îles.

La rivière Hall a été retenue de par la présence d’un barrage infranchissable pour la faune ichtyenne. Un projet d’installation de passe migratoire à anguille a ainsi été développé. Pour plus de détails, consultez le projet : Conception et installation d’une passe migratoire pour l’anguille d’Amérique sur le barrage de la rivière Hall.

Les valeurs élevées de MES provenant de l’IQBP échantillonné dans le ruisseau Bois-Joli, couplées avec les observations sur le terrain et la capture d’omble de fontaine, ont permis de prioriser ce cours d’eau pour la restauration de deux passages de VHR à gué. Les travaux de restauration de ce site sont portés par le club de motoneige de Sept-Îles et sont encore en cours.

Les rives de la rivière Du Poste présentait une zone d’érosion sur plus de 200 mètres de long, contribuant ainsi à l’apport des MES dans la rivière et pouvant affecter l’habitat du poisson. Pour plus de détails, consultez le projet : Revégétalisation du talus de la rivière Du Poste.

Le dernier site sélectionné se situe également à la rivière Du Poste. Il s’agit de sa partie aval, proche de son embouchure, polluée par de nombreux et gros déchets urbains. L’OBV Duplessis a organisé un nettoyage de la rivière Du Poste en automne 2019 et en été 2020, retirant plus de 250 kilogrammes de déchets sur une distance linéaire de 150 mètres.

SAMSUNG CAMERA PICTURES
SAMSUNG CAMERA PICTURES
SAMSUNG CAMERA PICTURES
previous arrow
next arrow

Partenaires du projet

Ce projet a pu se réaliser grâce au soutien financier du programme Affluents Maritimes, le Port de Sept-Îles et Aluminerie Alouette, ainsi qu’au soutien technique de Environnement Côte-Nord et le Comité ZIP Côte-Nord du Golfe.