Revégétalisation du talus de la rivière Du Poste

En bref

Années d’exécution
2021, 2020, 2022
Type de projet
Aménagement
Territoire ciblé
Sept-Rivières
Statut du projet
Terminé

Liens avec le Plan directeur de l’eau

Enjeux abordés

Qualité, Sécurité, Écosystèmes

Problématiques abordées

L'érosion des berges, L'altération ou perte d'habitats fauniques

Contexte

La rivière du Poste s’écoule à travers une des zones les plus sollicitées de la municipalité de Sept-Îles. Ses abords subissent, au fil des ans, une pression anthropique de plus en plus grande, soit par la construction de ponts, de maisons, de stationnements et de diverses autres installations.

Placées trop près de la rivière, ces constructions peuvent avoir un effet négatif sur la bande riveraine qui est réduite ou même éliminée. Les berges sont moins résistantes à l’érosion, ce qui cela entraine une perte de stabilité. Ce phénomène est d’autant plus inquiétant que les berges de la rivière du Poste sont très abruptes et composées de sol meuble plus propice au glissement du terrain.

La rivière du Poste termine son parcours dans la Baie de Sept-Îles, écosystème à haute valeur écologique et utilisé par de nombreuses espèces ichtyennes. L’éperlan arc-en-ciel (Osmerus mordax) en fait partie et remonte les tributaires de la baie pour se reproduire dont la rivière du Poste qui représente un habitat préférentiel.

Au cours de l’automne 2020, nous avons répertorié à l’aide de recherche par orthophotographies et de visites sur le terrain une superficie de plus de 2000 m² de talus de rivière sujette à l’érosion dû au manque de strate arbustive. Des évènements de décrochage ont d’ailleurs eu lieu à l’été 2020, laissant une superficie de 320 m de sol complètement à nue et victime du ruissellement. Le matériel qui a glissé du terrain s’est retrouvé dans le lit du cours d’eau, apportant sédiments nuisant à la qualité de l’eau et aux habitats aquatiques et modifiant le lit et l’écoulement naturel de la rivière. Également, la zone en haut du talus ciblé se trouve à être exploité par le département des travaux publics de la Ville de Sept-Îles (VSI), occasionnant le passage fréquent de véhicules lourds et l’entreposage de grandes quantités de matériaux.

Objectifs

Considérant l’importance écologique et économique de la rivière, nous avons jugé nécessaire de revégétaliser et de protéger ce talus. Ce travail a été accompli en collaboration la VSI, qui a fourni financement et ressources humaines au projet. L’OBVD a aussi reçu un soutien financier du programme Affluents Maritimes du Réseau des organismes de bassins versants du Québec.

Activités

Acquisition de connaissances et Phase 1 – Nivellement

En vue de la restauration du site, nous avons mandaté l’entreprise WSP dans le but de rédiger une note technique concernant les démarches à entreprendre pour pallier ce problème d’érosion. Les constats de l’étude, produite en 2020, indiquaient un problème de drainage sur le site générant de l’érosion à plusieurs endroits ainsi que des zones de dépôt dans la rivière. L’amélioration du drainage et la revégétalisation du site ont étés retenues comme actions à entreprendre pour stabiliser le site.

Pour ce faire, nous avons pris contact avec le propriétaire du terrain (VSI). Une première phase de travaux de nivellement ont étés effectués par la VSI à l’automne 2020 afin de rediriger les eaux de ruissellement uniformément à un seul endroit.

Talus de la rivière Du Poste, octobre 2020 – (C) OBVD, 2020

Phase 2 – Stabilisation, ensemencement et plantation

La seconde phase du projet consistait à revégétaliser et protéger le talus affecté. Avant de débuter ses travaux, nous avons déposé une barrière de sédiments en bas du talus afin de contrer les éventuels ruissellements lors des travaux.

Avec une superficie d’environ 2800 m2 a couvrir consistant déjà en un mélange de zones semi-boisées, herbeuses, et de sol à nu, nous avons usés de plusieurs techniques complémentaires à des emplacements différents du talus.

Stabilisation et ensemencement d’herbacées

Les zones dénudées du talus ont d’abord étés recouvertes d’un matelas anti-érosion EXCEL CC-4. Ce matelas consiste de fibres de noix de coco tissées entre deux filets biodégradables. Il devrait contribuer à stabiliser le talus pour les 3 prochaines années, après quoi il se biodégradera entièrement.

Cette zone a aussi été ensemencée avec un mélange grainier, composé à 40% de fétuque rouge traçante (Festuca rubra), à 40% de pâturin Kentucky des prés enrobé (Poa pratensis), à 10% d’agrostide commune (Agrostis capillaris) et à 10% de ray-grass anglais (Lollium perenne). Cet ensemencement aura pour effet de protéger le talus, défavorisant la création de ravins d’érosion.

La VSI a aussi aménagé une barrière de roches sur les 200 mètres linéaires ciblés. Cette barrière permettra de mieux orienter la circulation in situ et d’éviter l’entreposage de neige au-delà de cette barrière, soit hors de la berge durant l’hiver.

Plantation d’arbres

Suite à cette stabilisation et cet ensemencement d’herbacées, trois espèces d’arbustes ont étés replantés sur la totalité des 2 800 m2, disposés selon leur tolérance à l’humidité du sol. Le saule discolore (Salix discolor), qui apprécie les sols humides, a été planté en bas du talus. En milieu de talus, nous avons plutôt opté pour le cornouiller stolonifère (Cornus stolonifera). Moins tolérant à la saturation long-terme des racines par l’eau, il apprécie tout de même un sol saturé en eau au printemps. La crête du talus a à son tour été planté de spirée à large feuille (Spirea latifolia). 

Ces trois espèces sont reconnues pour stabiliser rapidement les sols nus. Pour favoriser la reprise rapide des racines, des granules de mycorhize ainsi que de la terre noire ont été déposées dans chaque trou. Pour une allure plus naturelle et pour ne laisser aucun espace libre, la disposition des plants dans la berge s’est faite en quinconce, avec un espacement d’un mètre entre les plants. Au total, 2 885 végétaux ont été plantés.

Les arbustes à planter
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Adaptation des pratiques

Pour s’assurer de la pérennité de la berge de la rivière Du Poste, il ne suffisait pas de revégétaliser la rive dégradée. Les pratiques de travail au sein du département des travaux publics de la VSI devaient aussi changer. À la suite des travaux, nous nous sommes entretenus avec différents reposables pour leur présenter le projet et les pratiques à adopter. Au total, trois rencontres ont été organisées. Lors de ces rencontres, un plan de protection spécialement rédigé pour ce projet a été distribué aux employés. De plus, l’OBVD s’est engagée à suivre l’évolution de la rive durant les deux prochaines années. Cela permettra de signaliser tout type d’observation à la VSI.

Résultats

La succès de la revégétalisation a été mesuré sur le terrain quelques mois après la fin des travaux. Le protocole d’évaluation de la mortalité des plants consistait à tracer un transect dans chacun des secteurs plantés du talus, de manière aléatoire. Sur chaque transect, tous les plants visibles étaient comptabilisés et catégorisés en deux catégories: morts ou vivants. À partir de ce décompte, il a été possible d’établir un pourcentage de mortalité. En ce qui a trait à la strate herbacée, un pourcentage de recouvrement des zones à nue a aussi été réalisé.

Le pourcentage de survie des plantations d’arbustes variait entre 70% et 95%. Pour les herbacées, il variait plutôt entre 80% et 85%. Un seul petit secteur avait une forte mortalité (60% des plants) dû à un sol très argileux. Ce secteur a par la suite été replanté.

Taux de survie des plantations à la Rivière Du Poste – (C) OBVD, 2021

 

Lors de ces observations, les signes d’érosion active ont aussi été notés. Sur l’ensemble du site, seuls deux endroits présentaient de l’érosion dû à un couvert végétal incomplet. Ces observations ont été indiquées à la VSI pour réfection du ruissellement et surveillance. Très satisfaisants, ces premiers constats devraient permettre une végétalisation de la rive accélérée en 2022. L’OBVD s’est d’ailleurs engagé à en faire le suivi jusqu’en 2023.

L’ajout des roches ainsi que la distribution du plan de protection du site aux responsables des travaux publics de la ville a visiblement contribué à réduire la pression exercée sur la crête de berge car la machinerie lourde ne circule plus aussi régulièrement. Toutes ces mesures mises ensemble contribueront à la réduction de l’apport en matières en suspension dans la rivière, et de ce fait, à l’amélioration des sites de reproduction pour l’éperlan arc-en-ciel.